Société Economie solidaire
Pour un commerce plus équitable
Une association locale pour le commerce équitable s’est créée sur le campus, il y a moins d’un an. Entretien avec les dirigeants, Florent Payet (président) et David Guyomard (trésorier).

 

- Le principe du commerce équitable, c’est quoi ?

Florent Payet : c’est garantir aux petits producteurs du Sud un revenu décent.

David Guyomard : On peut aussi donner la définition du FINE (regroupement international de Commerce Équitable) « le Commerce Équitable est une approche alternative du commerce international conventionnel. C’est un partenariat commercial qui vise un développement durable pour les producteurs exclus ou désavantagés ».

-Pouvez-vous résumer l’historique de la lutte pour le Commerce Équitable ?

F.P. : Il y a eu plusieurs courants. Ça a commencé par un mouvement protestant. À l’origine, l’idée était de réfléchir à cette démarche. Dans les années 68, il y a eu le mouvement tiersmondiste, révolutionnaire donc gauchiste. Depuis le début des années 90, ce sont des gens plus pragmatiques, responsables qui luttent pour permettre aux pays pauvres un développement durable.

Le label Max Havelaar (1) existe en Hollande depuis 1988 et c’est arrivé en métropole 2 ou 3 ans après. Artisans du Monde (2) date des années 70. Maintenant, il y a tout un réseau de boutiques qui vendent ces produits avec pour rétribution un développement sur le long terme, une amélioration des conditions de vie (l’éducation des enfants, la santé), pas seulement de la production.

-Depuis quand existe Réunion Équitable ?

D.G. : Depuis la Quinzaine du Commerce Équitable en mai 2001 organisée par la Plate-Forme du Commerce Équitable en France. Moi, j’étais dans l’association Max Havelaar quand j’étudiais à Rennes. Quand j’ai vu qu’ils venaient à la Réunion, je leur ai demandé s’il y avait des initiatives ici, et ils m’ont dit « non, rien du tout ». Alors je leur ai demandé de la documentation, des échantillons de café pour en parler sur la fac. À ce moment-là, j’ai rencontré Florent et d’autres.

Les dégustations ont eu un certain succès, les gens étaient assez sensibles à notre discours. Et puis, on a eu l’idée de se monter en association. On s’est basé sur la fac pour faire bouger les étudiants sur des questions concernant les rapports Nord/Sud. Maintenant, on a une trentaine d’adhérents.

Le 24 novembre, on a organisé la 1ère journée du Commerce Équitable de l’océan Indien avec le soutien du CROUS, de la Plate-Forme du Commerce Équitable, de la Région et du Département. On a fait une centaine d’invitations aux politiques, aux acteurs de la vie économique. On a eu une soixantaine de personnes. Thomas Skaghamman de la Plate-Forme est venu faire un exposé.

Les groupes de travail étaient réunis autour de trois thèmes : la situation actuelle du Commerce Équitable dans l’océan Indien et les perspectives ; la place de la Réunion dans le développement du Commerce Équitable dans l’océan Indien et le rôle de la société civile dans le développement du Commerce Équitable. D’ici quelques mois, on sortira un fasicule avec une synthèse des débats et des pistes d’actions.

- Quelles sont les répercussions de la lutte du Commerce Équitable dans le monde ?

D.G. : C’est 800 000 familles, 5 millions de personnes concernées par la production. Quant à la consommation, ça explose. En France, par exemple, une étude de l’IPSOS montre une forte progression. Au niveau de l’affichage des médias aussi, on a plus de 1000 articles rien que sur Max Havelaar…

En France, un député a déposé une proposition de loi pour la mise en place d’un label. C’est un projet plus global sur l’économie solidaire et sociale avec une partie sur le Commerce Équitable. Plusieurs échelons du pouvoir s’y intéressent. Le mouvement touche tout le monde.

Au niveau national, Max Havelaar, l’association et le label, est soutenu par la Commission Européenne et le Ministère des Affaires Étrangères. Au niveau européen aussi, ils y travaillent. Fair Trade Labelling Organization regroupe l’ensemble des organisations pour le Commerce Équitable. Il y a aussi un groupe qui fédère les réseaux du Commerce Équitable aussi bien au niveau européen que mondial. Si on bien organisé, on est plus fort.

-Il n’y a qu’une seule boutique qui distribue du café Max Havelaar à la Réunion…

D.G. : Oui, c’est la chaîne de boutique Univers Bio. Ailleurs, les produits Max Havelaar sont en vente dans les grandes surfaces ; sinon, les magasins Artisans du Monde n’ont pas de label, mais c’est une relation de confiance entre les consommateurs et eux, basée sur 30 ans d’expérience.

-Les répercussions du Commerce Équitable à la Réunion ?

D.G. : Avant la journée du Commerce Équitable, on avait demandé aux étudiants en BTS Action Commerciale de réaliser un sondage sur le Carré Piéton sur 200 personnes. Les Réunionnais, comme les métros, sont prêts à acheter un peu plus chers des produits qui garantissent un développement. A priori, il y a un marché.

F.P. : Concernant l’avenir, le plus important, c’est qu’in manque d’endroits où distribuer des produits.

D.G. : Il faudrait peut-être créer uns structure pour en vendre. Et s’approcher des distributeurs locaux, les magasins bios, puisque le Commerce Équitable, c’est aussi la défense de l’environnement.

F.P. : L’idée, c’est en parler d’abord aux consommateurs et aller voir les commerçants pour leur dire qu’il y a une demande. On est dans une phase charnière.

D.G. : On prend le temps de réfléchir pour faire quelque chose de solide. On a pris des responsabilités après cette journée [du Commerce Équitable]. On se demande si on va sortir de la fac pour devenir une association ordinaire. On en est là.

(1) : label garanti équitable pour les producteurs de produits alimentaires comme le café, la banane et bientôt le cacao et le jus d’orange.

(2) : chaîne de distributeurs de produits équitables.

www.reunion-equitable.asso.re